Souffle
Fragment #1
Le souffle essentiel (indicible), antérieur à la mesure (concept), bien qu'il redresse sa ponctualité
sporadique dans l'idée de l'imagination créatrice (matrice), ne dévoile nativement sa puissance que
par l'évanescence de l'acte irréfléchi.
Fragment #2
L'inspiration _
(Elle est, ou elle n'est pas).
Fragment #3
Le suave inexplicable, expirant sa fugue, est plus qu'un caprice étrange de la fantaisie.
Fragment #4
L'acte en puissance, enfoui dans la profondeur d'un rythme qui lui est propre, irréductible
à la synecdoque d'un geste, ne scande la surface gestuelle que par la puissance en acte.
Fragment #5
Rythme aléatoire et sans mesure du prurit, signe de l'acte insigne.
Fragment #6
L'inspiration, née du rythme enfoui qu'est le souffle qu'elle diffère (syncope), est le rythme de son propre
séjour tardif.
Fragment #7
La mesure temporelle de l'acte, qui ressaisit le rythme, s'expose au plus grand des dangers,
lorsqu'elle s'efforce de comprendre le rythme.
Fragment #8
Le rythme en soi est une épreuve qui excède toute maîtrise (le psychisme s'y effondre).
Fragment #9
La réflexion pratique _ puissance du dédoublement rythmique.
La réflexion théorique _ puissance du recouvrement rythmique.
Scandale amer, que la mesure de ce retard qui s'avance, et qui est le redoublement
de la réflexion créatrice, bornée à déployer la synéchie paradoxale de l'inhérente indi-
visibilité de la puissance polyrythmique de l'acte, afin de la cataloguer?
Scandale in-dispensable _
Fragment #10
Si profond soit le reflet, le miroir se limite à l'encadrement de sa surface, où le talent
s'enchante ou se navre, et que rarement, pulvérise le coup de génie.
Fragment #11
L'haleine irrationnelle du génie poétique n'a pas d'odeur particulière. Chez lui, le coup, le souffle,
l'acte et le geste sont un seul et même poing.
Fragment #12
Exposer les miroirs de l'idée au miroir du souffle _ une telle incandescence les carbonise.
Fragment #13
L'acte réfléchi est un reflet de la puissance de l'acte. L'image de l'acte en tant que tel, n'est
que l'épaisseur de la buée, que le geste efface, quand le miroir est à proximité du souffle.
Fragment #14
Maintenir le souffle _ garder à l'esprit l'état gazeux de l'acte (chaos).
Fragment #15
Il y a dans la terminologie de la flatulence, un petit terrorisme par le pet, qui expulse du
colon tout ce qu'on à voulu y mettre de jubilatoire ou de tourmenté quant à l'acte créateur
à proprement parlé.
Fragment #16
Qui souffre de la superbe d'une aérophagie inorganique, ne peut que vainement en
remplir l'espace avoisinant. Plein de soi d'abord, il se dévide de son gaz, se dévide
approximativement de l'égo (psychologie) jusqu'au gros plan réfléchi et précis de son
trou de néant (le Soi), qui s'ouvre puis se referme à chaque pet (geste). Et le problème
méphitique n'est pas cette flatulence, ni qu'elle soit infatuée de la fournaise de son gaz,
ni qu'elle s'adonne à la répétition de son acte, ni que l'égo qu'elle a enseveli dans sa puanteur
ne soit jamais qu'une vesse parmi les vesses, mais que lâchant des vents, elle en propose la
crudité du gros plan pornographique, alors que le monde des tapisseries préfère de loin manger
des pets de nonne en fantasmant sur la patissière ou le patissier. Et pourtant, ce gros plan n'a
rien inventé. Il ne fait que mettre le nez dans l'acte qui est, ou n'est pas.