Eluard Surréel
(à Loran)
Comment ne pas distinguer dans ce nom l'une des plus grandes ironies
de l'exception littéraire? Paul Eluard, archet en place du coeur, ne cesse
de découvrir la profonde figure du philanthrope souffrant, dont la douceur,
l'amabilité, émaillent le poing d'une révolte jamais finie, d'une révolte qui
prend tous les visages de l'espoir, et propage l'énergie volontaire d'équilibrer,
d'égaliser, de produire une poésie au nom de tous, qui pourtant, se referma
sur son seul nom. De cette douceur, il ne nous sépare jamais, même lors de
ses plus indispensables violences, même dans ses pointes les plus exacerbées;
il pense aux autres. Si une poésie communiste se révèle impossible, si comme
le signale lucidement Artaud, il eut fait beau voir le Communisme s'élever au
Surréalisme alors que le Surréalisme descendait dans le Communisme, Eluard
en est désormais le seuil surréel. Et combien sommes-nous, aujourd'hui, à penser
à lui?