Sang

 

Fragment #1

 

La viande de l'homme a été disséquée, dépecée et éviscérée avec un tel acharnement,

le démembrement de son organisme psychosomatique est devenu si complexe, que la

chair elle-même n'y peut plus respirer qu'à côté.

 

Fragment #2

 

Seul le sang est simple.

 

(il y a une hémorragie interne dans la viande: la pensée)

 

Fragment #3

 

L'hémorragie jaillit toujours de la même cime dubitative de la colonne vertébrale, qui, selon

quelque flirt d'analogie métaphorique, éprouve la cohue conflictuelle des théories et des

pratiques qui sans relâche, saignent à blanc, en l'asphixiant, cette viande qui ne voulait rien

d'autre que respirer.

 

Fragment #4

 

Si complexe soit la perfusion par laquelle l'esprit prétend respirer de lui-même, l'hémorragie

la plus simple pèsera toujours globule après globule chacun des spasmes et des soubresauts

névralgiques de l'agonie de son souffle.

 

Fragment #5

 

Quelles que soient les intentions de celui qui saigne, l'hémorragie ne veut rien d'autre que

coaguler.

 

Fragment #6

 

La coagulation est le seuil de tolérance évident par lequel l'asphixie n'a pas d'autre fin que

de transfigurer la masse des saignées et des cautères, dans le volume d'une croûte, qui

ne prétend pas stopper l'hémorragie (poésie).

 

Fragment #7

 

Répondre au saignement par le sang _ endiguer (écrire).

 

Seul le sang peaufine le sang.

 

Fragment #8

 

Le rythme hémorragique enfoui dans l'organisme. Vivacité pourpre en deça de toute idée (feeling).

Le pouls métaphorique.

 

Fragment #9

 

L'analogie universelle du sang (métamorphose) distingue les niveaux de saignées, avec cette moëlle

extirpée du fossile vivant, avec cette pensée que le saignement inextinguible exile hors de tout refuge,

en jets et pertes coagulés, maintenus, en attendant de retourner aux ossements.

 

Fragment #10

 

L'échelle ou l'escalier (organisation), ne pouvant endiguer l'hémorragie. Cascades fluctuantes du sang

dans une mer de sang, jusqu'à la nuit.

 

Fragment #11

 

La nuit du sang est sa propre lumière. Sang jaillissant au jour, du sang de la nuit, et ne s'écoulant jamais

ailleurs que dans la nuit du sang. Séjour du sang.

 

Fragment #12

 

Pourpre apnée de la noirceur, noyée dans la blancheur.

 

Fragment #13

 

Flottaison des jours de la dérive du fragment d'ében, durci et poli jusqu'à l'écarlate, par la mer nocturne

du sang, dans l'albâtre surface.

 

Fragment #14

 

L'écriture ne peut désagréger la sève du fragment d'ében.

 

Fragment #15

 

Le rituel du sang a quelque chose à voir avec un culte sacrificiel, mais selon une transfusion de

néant. Or, le néant n'étant pas, il ne peut pas être ce qui n'a jamais été (être le non être). Il y a

une perfusion anéantie de l'esprit que ne laisse pas passer la vitalité du corps. La transfusion est

ce qui n'est déjà plus, ou ce qui n'est pas encore. Elle n'est déjà plus le corps, mais elle n'est pas

encore l'esprit. Elle est l'asphixie sanguine du corps, qui expirant, inspire son souffle exsangue

à la pensée.

 

Fragment #16

 

La sève déliée déverse sa métaphore en vertu de cette croûte qui se sédimente (sédiments

plaqués sur sédiments et ne formant qu'une seule croûte inorganique) au sein de l'humus.

Et c'est en définitive le sacrifice du rituel en soi qui a lieu, et l'enterrement de tout cérémonial,

dans l'opacité du cadavre analogique. L'hémorragie étant vécue, et la coagulation ayant lieu.

 

Fragment #17

 

Densité de la croûte, dont l'analyse et la synthèse grattent le prurit. Le pus n'effrite pas la croûte.

Saignements sur saignements, agglomérant le sang, densifiant la croûte.

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