Cri

 

Fragment #1

 

Le cri inorganique de l'homme (en soi), dont le mutisme ébranle l'agencement

combinatoire de la conscience organique, n'est que le cri de la viande nue faite

homme.

 

Fragment #2

 

Trop primitif pour exprimer la détresse d'une individualité déjà organisée (même si

c'est par la seule ressource de sa détresse singulière que l'homme peut entendre

sourdre son cri le plus assourdissant et le plus inconditionnel), il n'a jamais lieu

dans un espace de déperdition individuelle qui serait celui de la tourmente du psychisme.

 

Fragment #3

 

Inhérent au psychisme, il n'est déjà plus le psychisme, sans être encore la pensée.

 

Fragment #4

 

Trop originel pour être l'expression d'une âme qui le précèderait, qui déjà

constituée, déjà incarnée, aurait à crier pour venir au monde, il n'a trait qu'à

l'obscurité du corps. L'obscurité d'une immanence corporelle qui ne regarde

que l'homme, et que l'homme ne discerne pas. Il est l'âme en soi, la révélation

même de la spiritualité qui vient au monde, sans brailler, sans faire le moindre

bruit. Le surgissement de la physiologie même du pensant qui se déroule au

coeur de toute physionomie de la pensée.

 

Fragment #5

 

Une physiologie du psychisme impulsif et sexué, à même la pensée, qui quant à elle,

se révèle nativement incapable de remonter plus en amont dans cette chair (interdit),

qu'à ce chaos (intra)organique affecté par les trajets informulés de sa viande, que ne

soulage aucun hurlement.

 

Fragment #6

 

Le pressentiment du déchirement tissulaire, inhérent à toute parole profonde en l'homme,

ne serait rien de plus que la vibration anéantie de ce cri, dont la traduction impossible est

le jaillissement même de la pensée.

 

Fragment #7

 

La dislocation informe du cri ne s'élance jamais du fin fond des entrailles de l'homme,

par lesquelles l'homme se  maintient en vie, que pour s'éteindre en percées suffocantes

dans les fibres de la chair, à travers les diverses formes de la langue.

 

Fragment #8

 

Le surgissement (implosion) en tant que tel mobilise trop l'organisme pour qu'il puisse

l'appréhender. Lorsque l'organisme organise une pensée, le cri (interne) de cette déperdition

absolue, par laquelle l'homme est jeté homme au monde, n'est déjà plus que l'agencement

de son écho (externalisation).

 

Fragment #9

 

Veuvage virginal de l'être (en soi par soi), laissé pour mort, par la pensée re-présentative,

dans la vie de l'esprit (en soi pour soi).

 

Fragment #10

 

L'unité originelle et sans identité (multiplicité) du cri signale le lien implicite et étroit entre

la complexité organique et inorganique de l'homme.


Fragment #11

 

Inlocalisable en tant que tel _ (infra) inconscient ou (supra) oubli.

 

Fragment #12

 

Clarté rémanente de l'opacité de son immanence, principalement insubordonnable

aux catégories de l'espace et du temps.


Fragment #13


L'unité de cet étranglement du souffle vital (attributif) se devine chaque fois que  la pensée se

recentre dans son corps (voix pronominale), et qu'elle s'y recentre tant, qu'elle s'y crispe, désaxée

de tout centre, tandis que le corps lui-même ne peut plus crier (voix passive), et que l'âme apparaît

au monde dans la clarté de sa déchirure (voix passive). Ce n'est certes pas un état viable (facultatif)

ni pour penser, ni pour vivre.

 

Fragment #14

 

La déchirure est pleine (obligatoire). L'homme est un organisme désirant (détermination). Et il est un

animal inorganique (définition).

 

Fragment #15

 

L'homme n'a pas pu ne pas colmater (voix passive) l'insupportable abîme béant de son cri inorganique

(intransitif), en inventant des mythes et des conditions d'appréhension de son existence (voix active),

qui ne sont autre que son âme (transitive), En désirant, en imaginant, même, que son âme était plus

que les échos cet abîme.

 

Fragment #16

 

Seul le cri inorganique fonde et supporte (constitue) la condition originelle de l'homme (plénitude).

Il n'y a ni à suppurer, ni à supputer. Ce souffle est la vérité essentielle de l'âme humaine qui se donne

à la pensée dans la (dé)mesure de sa propre proximité, toujours déjà abolie: un souffle à la pensée (vide).

 

Fragment #17

 

La faille inextinguible de la vitalité psychosomatique de l'être se dérobe silencieuse, sous la tolérance

paradoxale de la parole, qui sans le cri, n'aurait aucune vie. Et dès que la pensée essaye d'y penser,

elle découvre qu'elle est toujours trop du côté de la conscience intelligente, qui n'entend déjà plus son

cri constitutif.

 

 Fragment #18

 

Le souffle primaire du cri asphixie dès la parole (immédiat). Cette asphixie est le souffle du langage

(médiations). Et le langage n'est rien de plus en soi que le second souffle de l'homme (im-personnel),

dont il se sert, pour penser, parler et écrire, c'est-à-dire pour damner ou sauver son âme (transitivité

directe).

 

Le second souffle _ déperdition sauve.

 

Fragment #19

 

Inutile de vociférer, de grogner ou rugir contre le cri. Il est le fait même de la pensée (substantif)

 

Fragment #20

 

Plus la pensée devient sourde à l'extinction du cri, et plus elle somatise (névrose).

 

Fragment #21

 

Le principe de dualité est une névrose métaphysique.

 

Fragment #22

 

Ecrire ne serait qu'un essoufflement, sans cette irréductible force sismique intérieure, sans la

vive extinction du cri originel et multiple sans appel (essence) qui se retire dans l'asphixie des

mots, à la faveur d'une signification qui le refoule et le défoule, sans jamais l'écrire.

 

Fragment #23

 

L'énigme de son propre cri est l'écho même qui lie l'homme au mystère de la vie (radical),et que

l'homme n'a pas résolu.

 

Fragment #24

 

Le cri (agent intransitif) devenant verbe (prédicat) au moyen du langage (copulation), à travers le

temps et l'idée (transitivité directe), selon le devenir, qui est la négation de l'idée de temps et

de tout principe (intransitivité directe), est le cri (attribut) du poète (sujet).

 

Le cri devenu verbe (agent transitif) au moyen du langage (copule), selon la négation du devenir

(intransitivité indirecte), à travers le temps et l'idée (transitivité indirecte), est l'âme (prédicat_

thème/rhème) du poète (agent_thème/rhème).

 

Fragment #25

 

Le poète, qui plus qu'aucun autre, destine son âme à l'indéfinie renaissance du "deux fois né",

éprouve combien la naissance de la pensée est indissociable de l'avortement du cri.

 

Fragment #26


Attentif à l'écho qui, dans la membrane exsangue, ne répond que d'un cri sans appel (essence),

j'ai désiré, une fois au moins, en raison et folie, entendre le délire de ma pensée se taire en mordant

l'os scié du bruit.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :